09 mars 2007

Irak, la domestication par la Terreur

    À la une des journaux télévisés et des quotidiens de presse écrite, le professionnalisme prévaut désormais. L’ère du voyeurisme serait une errance d’un autre temps, un péché de jeunesse médiatique. Impassible, l’on rapporte désormais méticuleusement le nombre de morts en Irak, inventorie les catégories et sous catégories de victimes, s’attardant à dénombrer dans la masse informe des morts ce qui fut une femme, un enfant, un vieillard... Semblant avoir redécouvert les vertus de la pudeur, la fabrique de l’information se veut réconciliée avec la déontologie, fière d’avoir substitué le Nombre à l’Image.
     C’est ainsi que la Terreur nous domestique au jour le jour, apprivoisant jusqu’à la moindre de nos réactions, paralysant jusqu’à la capacité même de juger, parce que la disparition du choc des photos n’a pour seule finalité que de dissimuler l'abandon du poids des mots. Lorsque les médias sortent de leur réserve, il s’agit toujours de désigner le responsable le plus évident : les Etats-Unis. Ce discours dominant est le fidèle écho de la politique française sur la scène internationale et plus particulièrement dans le monde arabe. Le Président de la République n'a-t-il pas proclamé, dans sa présentation de vœux au corps diplomatique à l’Elysée, le 5 janvier 2007, que l’offensive américaine avait « exacerbé les clivages entre communautés et ébranlé l'intégrité même de l'Irak ». N’a-t-il pas ajouté que celle-ci avait «
fragilisé la stabilité de l'ensemble de la région où chaque pays, désormais, [était] inquiet pour sa sécurité et son indépendance », concluant son allocution en reprochant aux Etats-Unis d’avoir « offert au terrorisme un nouveau champ d'expansion », sans jamais faire la moindre allusion aux premiers acteurs de ce carnage, sans jamais désigner les authentiques coupables de ces crimes ?
    Discours politiques et médiatiques chantent ainsi de concert un même engouement pour la Terreur, une même indulgence pour le troupeau toujours plus fier des assassins, islamistes perpétuellement encouragés par la complaisance des démocraties européennes, la France en tête, devenue experte dans l’art de maquiller ses capitulations passées et à venir.

    Lire une mise au point par Jean-Christophe Grellety.