06 mai 2007
Une menace nommée désir

« Car rumeurs et séditions étaient presque toujours liées ; et qui dit rumeur dit peur. Edgar Morin a montré qu’une rumeur locale n’est que « la mince couche émergée d’un mythe qui n’est ni local, ni isolé, ni accidentel » ; qu’elle est issue des profondeurs d’un sous-sol inconscient ; qu’une fois lancée, elle se manifeste comme une force « sauvage » capable de propagation stupéfiante. Suscitant à la fois attirance et répulsion, elle récuse la vérification des faits, se nourrit de tout, pousse des métastases en de multiples directions, s’accompagne de processus hystériques, traverse les barrières d’âges, de classes sociales et de sexe, les groupes féminins l’accueillant toutefois avec une particulière faveur. Passant du statut de « on-dit » à celui de certitude, la rumeur est une accusation qui dénonce des coupables chargés de crimes odieux. »
La peur en Occident. XIVe-XVIIIe siècles. Jean Delumeau. Editions Fayard, 1978, p.147.
Le dernier jour de la campagne, la France présidente parla aux français. Pour éloigner le spectre de la défaite, elle leur dit, évoquant son adversaire, qu’il était de sa « responsabilité de lancer une alerte par rapport aux risques de cette candidature et aux violences et aux brutalités qui se déclencheront dans le pays ». Elle ajouta : « Tout le monde le sait et personne ne le dit; c'est une sorte de tabou ».
Ainsi menaça-t-elle tout haut de ce que tout le monde craignait en bas. Pour être tout à fait juste, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’une authentique menace ni même d’une promesse. C’était au-delà.
C’était un désir d’avenir.


