19 février 2007

TECHNIKART, du goût de la médiocrité à celui du crime... SUITE: Droit de réponse d'un certain "Jacques B."

 

medium_Dantec_Fatwa.jpg

 

    Un commentaire signé d'un certain "Jacques B." a été posté ce jour sur la seconde version du présent blog, à la suite de l'article "TECHNIKART, du goût de la médiocrité à celui du crime..." Dans l’attente d’une confirmation par le premier intéressé de l’authenticité de la signature, auquel j’ai adressé un courriel en ce sens, l’identité de l’auteur reste incertaine et est donc à prendre avec toutes les précautions d’usage, "Jacques B."  ne pouvant donc en l’état être tenu pour responsable des propos que je rapporte ci-après. Par ailleurs, dans l’hypothèse d’une imposture, je me réserve le droit d’introduire une action en justice contre l’individu qui aurait eu cette idée saugrenue autant que malveillante de se livrer à une usurpation d’identité.    

    Ceci étant précisé, je m’autorise donc à publier ledit commentaire, non en raison de l’identité supposée de son auteur mais pour ce qu’il révèle de ce relativisme contemporain, de ce goût impensé pour la banalisation du crime qui signe d’ores et déjà toutes les capitulations à venir.

Réponse de Mr. B. 

"monsieur,
comme vous ne le savez sans doute pas, les journalistes ne sont pas responsables des titres que l'on donne à leur articles et des coupes effectuées dans ceux-ci. Et si ce titre peux sembler un peu exagéré, je vous le concède, je tiens à préciser quelque point.
Une fatwa est un décret islamique et non une condamnation à mort, qui de toute façon ne pourrait pas concerné un non-musulman.
Mon papier est équilibré, il développe une argumentation mesurée sur le nouveau livre de Dantec et ce n'est pas une condamantion unilatéral comme vous semblez le croire.
Je suis le travail de Maurice Dantec depuis "La sirène rouge", j'ai lu tous ses livres et mon point de vue est le resultat de cette connaissance profonde et ancienne de son œuvre que j'apprecie (j'ai écrit de nombreux textes sur lui), même si je suis rarement en accord avec lui.
La présence du mot "Bounoule" dans le première version du texte n'est pas une assertion irresponsable mais une info recoupée auprès de plusieurs personne du milieu de l'édition qui ont eu le texte entre les mains.
Enfin, mais c'est un détaïl, l'utilisation en illustration de votre texte d'une image souvent reproduite dans les journaux antisémites d'avant-guerre n'ajoute rien à votre propos et contredit celui de Maurice Dantec qui refuse catégoriquement de s'inscrire dans cette filliation.

M. B., "

 

Mr. B.,

    Avant tout, je vous remercie de venir débattre ici de cette affaire, ceci est tout à votre honneur.

    En préambule et afin d’éviter tout malentendu, je tiens à vous rappeler que je ne saurais être comptable de l’utilisation d’une illustration à travers les époques, et qu’elle ne s’inscrit en aucune manière dans la filiation que vous présumez, du moins n’était-ce pas mon intention (le choix de celle-ci n'a été déterminée que par la volonté d'illustrer pleinement la citation de Sloterdijk, pour vous signifier tout le danger que représente la "distraction" dont vous avez fait preuve et qu'évoque le philosophe; c'est le seul et unique motif ayant présidé au choix de cette oeuvre de Gustave Doré).

    Ceci étant dit…

    S’agissant de ce qu’est une fatwa : les juristes s’étant intéressés à l’affaire Salman Rushdie ont juridiquement qualifié la fatwa émise à son encontre « d’atteinte caractérisée aux droits de l’homme », et plus particulièrement au droit à la vie, au surplus d’une atteinte à la liberté d’expression et d’un manquement aux règles du procès contradictoire, de même que l’auteur de la fatwa émise à l’encontre de Mr Redeker est aujourd’hui poursuivi pour « menaces de mort », et non pour avoir émis « un décret islamique (…) qui de toute façon ne pourrait pas concerné un non musulman ». Voici les qualifications juridiques, Monsieur B., qui engagent tout citoyen vivant en France. Le fait que vous teniez à vous référer à une définition exclusivement religieuse ( étrangère au droit pénal français autant qu'au droit international public ) de ce qu’est une fatwa est un signe qui, à lui seul, légitime les griefs évoqués vis-à-vis de votre article et ne peut qu’aggraver l’inquiétude.    

    Enfin et surtout, le peu de cas que vous faites des conséquences de ce qui ne serait qu’un « décret islamique (…) qui de toute façon ne pourrait pas concerné un non musulman »... La rhétorique est belle, mais la réalité vous contredit tragiquement en l’assassinat de Theo Van Gogh, non musulman de son état et pourtant fort concerné, pour l’éternité, par une fatwa.   

    S’agissant de vos allégations quant à l’emploi de termes injurieux, ce ne sera pas à moi de juger de leur bonne foi. Dans l’hypothèse d’une procédure judiciaire, comme je l’ai par ailleurs précisé dans le présent article, il vous appartiendrait de démontrer le sérieux de vos propos ainsi que votre absence d’animosité. Pour tout vous dire, peu importe quant au sujet qui nous préoccupe (du moins ai-je l’espoir de croire qu’il vous préoccupe désormais) que Maurice G. Dantec ait ou non utilisé les termes que vous supposez. Si tel est le cas, celui-ci aurait probablement mérité une condamnation mais il aurait fallu pour cela qu’il rende ces propos publics, ce qui n’a pas été le cas. En l’occurrence, vous intervenez donc dans votre article comme un censeur a posteriori de propos que l’auteur lui-même, selon vos propres dires, aurait jugé bon de ne pas publier. Vous me permettrez de ne pas partager votre penchant pour les condamnations d’un fait présumé et sur lequel l’auteur serait de plus revenu de lui-même. Au surplus, à supposer que Maurice G. Dantec ait employé le terme que vous avez évoqué, encore faudrait-il que vous ayez cité le contexte dans lequel ledit terme s’inscrivait, ce qui aurait été la marque d’une enquête sérieuse et dépourvue d’intention de nuire. À défaut, vos allégations relèvent de la plus parfaite légèreté journalistique, pour ne pas dire de la malveillance.

    Par ailleurs, vous me dites avoir écrit un texte équilibré et en cela il s’avère que vous n’avez rien saisi de mon propos. Je ne vous fais pas grief d’avoir simulé un procès à charge contre l’auteur ; chacun a le droit d’exprimer, dans les limites de la loi, le catalogue de ses détestations et de ses préférences. Non, le procès que je vous fais aujourd’hui, et que d’autres j’espère vous intenteront en des lieux plus compétents pour cet office, c’est de banaliser les menaces de mort à l’encontre d’un écrivain, en envisageant la possibilité même que celles-ci puissent être justifiées par certaines opinions ou par certaines « fréquentations ». Le simulacre d’un  oui/non/ peut-être mais bien au contraire auquel vous vous êtes livré n’enlève rien, à mon sens, à la portée relativiste de votre propos. Sans doute l’exercice de style vous a-t-il paru ne point prêter à conséquence ; selon moi, il se révèle gravissime et dénote d’une rare inconséquence quant à l’époque que nous traversons, en ce qu’il tend à faire basculer la menace de mort dans le champ de l’ordinaire. Une menace de mort n’a pas vocation a devenir un lieu commun, Monsieur B., et votre article malheureusement induit l’idée contraire.   

    Enfin, s’agissant des responsabilités quant à ce titrage sordide autant qu’ingénument criminel de votre article, ainsi qu’aux « coupes » prétendument effectuées, cette cuisine éditoriale ne change en rien la façon dont le public, dont je fais partie, peut recevoir votre article, pas plus qu’elle n’atténue la portée insidieuse de celui-ci. Le seul intérêt de ces circonstances éditoriales, si une procédure judiciaire venait à être engagée contre le magazine Technikart et vous-même, serait de contribuer à mieux déterminer les responsabilités respectives dans cette affaire.       

    Monsieur B., je ne vous connais point et, fort malheureusement, le premier article que j’ai lu de vous est celui qui, par excès de désinvolture, tend à relativiser l’appel au meurtre. Ne vous y trompez pas, il s’agit moins d’un conflit de personnes que d’un appel à la responsabilité intellectuelle. Dans une époque où tout un chacun peut désormais se voir condamné à mort pour avoir pensé trop fort, ou pour ne s’être pas laissé inspirer par les mots d’ordre de l’époque, cette responsabilité entraîne nécessairement quelques exigences, auxquelles vous avez tragiquement manqué. C’est tout le reproche que je vous fais aujourd’hui.