20 février 2007

La Vie des autres

 
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    « Ils ne demandaient pas mieux que de ne rien comprendre, et même ils se mettaient à plusieurs pour ça, car la dernière chose dont l’homme soit capable est d’être bête et méchant tout seul, condition mystérieuse sans doute réservée au damné. Ne comprenant rien ils se rassemblaient d’eux-mêmes, non pas selon leurs affinités particulières, trop faibles, mais d’après la modeste fonction qu’ils tenaient de la naissance ou du hasard et qui absorbait  tout entière leur petite vie. »
Les grands cimetières sous la lune, Georges Bernanos.


    La Vie des autres, réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck, est une œuvre éloquente, symptomatique de ce vingtième siècle innommable, matrice historique de celui qui se profile aujourd’hui et dont les promesses sont au moins aussi effrayantes. Pour le dire mieux, La Vie des autres est parvenu à tutoyer l’intemporel, lui faisant rendre grâce en le passant par la plus digne des armes : la sincérité. Avec une méticulosité et une économie de moyens qui forcent l'attention, le film rapporte comment les idéaux meurent d’être érigés en système et de quelle manière les êtres y trouvent leur compte. Il retrace les années de plomb qui précédèrent la chute du mur de Berlin, côté Est. La STASI est alors "l’épée et le bouclier du Parti", le véritable bras armé d'un pouvoir ayant décrété qu'il était impératif de « Tout savoir ». Tout savoir sur l’intimité de chaque individu, tout savoir de ses opinions, de ses goûts et de ses rancoeurs. Tout savoir et ne rien ignorer, pour mieux forcer à être libre.                 

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    Georges Dreyman, dramaturge à succès - dont la renommée provient essentiellement de ce que chacune de ses oeuvres a été conçue pour entretenir, à perpétuité, la louange du régime - croit en son art autant qu'à l’idéal auquel il l’a soumis. En retour, le régime le paie d’un insigne privilège : le respect de son intimité. Ce privilège va lui être retiré : il paraît trop heureux pour être honnête, trop irréprochable pour ne pas déclencher l’engrenage de la suspicion. Pour circonstances aggravantes, il a ce tort d’aimer et d’être aimé en retour d’une comédienne que convoite un éminent membre du Parti. Sur ordre de ce dernier, l’appartement de Dreyman est alors placé sous surveillance, et plus rien dès lors ne sera ignoré de la vie des deux amants, dont le premier crime sera de n’avoir pas su embrasser le rêve socialiste tel qu’il leur était imposé, et peut-être plus encore d’avoir cru pouvoir impunément conjuguer l’art et la politique.  

medium_La_vie_des_autres3.jpg    C’est ainsi qu’un nommé Wiesler, agent de la STASI, va s’introduire dans La Vie des autres, cette existence à laquelle jamais il n’aura accès autrement que par procuration, voyeur accrédité, fantôme par vocation et par-dessus tout, homme que le doute jamais n’a effleuré. À Wiesler, modèle du genre humain tel que l’avait conçu l’Allemagne de l’Est, la conflagration des évènements et des sentiments va imposer un choix dont il n’avait jamais soupçonné l’existence. Ainsi devra-t-il se déterminer, entre voyeurisme et complicité…    

    De La Vie des autres, une fois la salle tirée de son obscurité, il ne reste qu’une seule certitude : la dignité d’un homme provient des choses qu’il fait pour lui-même.